ânikounâ

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dimanche 20 février 2011

Petite leçon d'attachement

Tu viens une fois par mois , avec ton foyer occupationnel , même si le projet est basé sur la marche, tu as un immense plaisir à retrouver les ânes et particulièrement Lison .

Cela je ne m'en étais pas rendu compte .

  

Aujourd'hui nous allons chercher les ânes au pré. Je distribue les licols comme ils viennent, et te donne celui de Tango . Tu ne le veux pas. Tu nous suis mais tu refuses de prendre un âne. J'essaye de savoir pourquoi et te pose des questions, mais tu ne me réponds pas .

Dans notre petite carrière tout le monde s'affaire à brosser son âne; coups d'étrilles, coups de brosses , le plaisir de chacun est perceptible, les mots fusent mais toi tu restes muette. Je prononce juste le nom de Lison et tu viens me prendre le cure pied des mains et te diriges vers Tango pour lui faire les sabots . Je t'observe, une larme coule sur tes joues .

Puis c'est le départ pour la balade; chacun prend son âne . Tu t'éloignes du groupe pour caresser Réglisse (fille de Lison) , une larme coule sur tes joues.

         Tu reviens vers nous et réclame Lison ! En négociant, Sylvie veut bien te la "prêter" . Un sourire éclaire ton visage. Tu fais un gros câlin à Lison, ton ânesse préférée !  Des larmes coulent ... Tu t'éloignes, nous t'attendons silencieusement.

Anouk s'approche de toi avec Lison, tu nous rejoins et c'est parti pour une joyeuse balade, les mots fusent et même toi tu as des choses à nous dire et surtout à Lison .

Merci Christine de mettre à jour de façon si tendre et non moins douloureuse, cette notion d'attachement ... Ô combien essentielle !

 

Liesbeth   

les Z'éduc questionnent la Z'âne attitude !

C'est en marchant que se fait le chemin (Antonio Machado) ...

C'est donc en pratiquant un peu , en se mettant en jeu et en éprouvant soi-même, que l'on peut saisir de quoi il est question en médiation animale . C'est ce que nous avons proposé, à ce groupe d'étudiantes de l' I.R.T.S. de Bordeaux ( Institut Régional du Travail Social ).

La médiation animale est une pratique aux valeurs éducatives certaines, ânikounâ est un "espace de rencontre",  tout ce dont l'éducateur peut se saisir pour partager une activité avec les personnes dont il a la charge .

Joseph Rouzel décrit cet espace ( de médiation) comme permettant à l'éducateur de mettre en oeuvre la finalité de l'action éducative qui vise toujours quelles qu'en soient les modalités, l'appropriation par la personne de son espace corporel, psychique,social et relationnel . Cette appropriation ne se fait pas dans un discours, une leçon, un passage d'information, elle s'établit en relation, dans la rencontre .


   

Dans l'espace de médiation, que représente ânikounâ , la personne prise en charge vient à la rencontre d'un animal avec ses difficultés, sa souffrance, sa particularité , sa façon d'être et de relationner . Dans cette rencontre structurée dans le temps et l'espace, contenue dans un cadre (éducatif) , il sera proposé d'être en relation avec un âne, de le côtoyer dans des situations de grande proximité parfois , d'agir avec lui, de découvrir ses codes et dans cette différenciation (de moi à l'autre) qui va naturellement s'imposer, de mieux se connaître , mieux se sentir , mieux se vivre pour un mieux être !

Le sujet accompagné va, dans cette pratique, explorer, éprouver des façons de faire et de vivre avec les autres (humains et animaux) que jusqu'ici il n'avait peut être pas intégré . Et il pourra alors explorer de nouveaux sentiers ...

C'est à peu prés ce que nous avons voulu transmettre à ce groupe d'étudiants, futurs éducateurs ; proposez, animez, garantissez des espaces de médiation, accompagnez le sujet dans des processus de changements parfois profonds, mais soyez au clair avec vos intentions éducatives, vos projections, vos fantasmes de maîtrise, vos manipulations. Ou comme le nomme Joseph Rouzel  notre " 'idéal de redressement de ce qui serait tordu chez l'autre " .

En ça, les ânes nous en apprennent chaque jour, dans le respect et l'accueil de l'autre avec sa différence. Ce qui importe c'est d'être avec, d'être dans une présence., d'être dans un temps qui est le temps de l'autre . Il faut donc se mettre au travail sur ses propres intentions, sur son désir d'éduquer, pour que l'espace de médiation soit relativement désencombré et fasse accueil aux autres dans leur désir et leur altérité .

Annick