ânikounâ

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mardi 29 novembre 2011

le temps d'un espace !

Souvent après nos séances, nous repensons au déroulement de celles-ci, au sens et aux orientations de nos interventions, aux moments riches, mais aussi aux creux ! 

Un questionnement qui nous poursuit bien après la séance ou que nous arrivons à poser.

Ce soir je me sens bien. J'ai l’impression d'avoir fait un pas en avant, quelque chose s'est passé durant la séance avec Christophe et ….......Christiane sa maman.

  

Nous décidons de travailler au parcours. Un espace qui permet un travail à la fois  moteur et d’orientation, en étant à côté de son âne ou dessus.

Christophe aime bien partir à pied, il tient son âne et demande à sa manière d'être accompagné par nous. De préférence par toutes les personnes présentes.

Puis il monte. Christiane, habituellement très présente quand son fils monte, est occupée au téléphone. Nous partons. Elle nous suit, tient son fils par la jambe, tout en poursuivant sa conversation téléphonique.

Nous essayons d'attirer l'attention de Christophe mais la voix de sa maman est trop présente.

Nous ne parlons plus, et nous nous dirigeons vers le talus. J'entends : «   je te laisse !  nous nous rappelons dans une demi-heure ! »  L'approche du talus,  fait réagir Christiane qui doit tenir son fils.

Pourtant Christophe gère très bien les sensations de déséquilibre que peut renvoyer l'âne par le relief varié du terrain. 

Puis nous rentrons dans notre petite carrière «  rencontre ». Je propose à Christophe de faire tout seul ;  je tiens toujours l'âne, mais sa maman et Gaëlle s'écartent de lui.

Au bout de quelques pas, Christophe réagit, vocalise, il est inquiet ou manifeste un questionnement face à cette situation. Je lui demande s'il veut que sa maman revienne. Et à ma grande surprise c'est Christiane qui dit : non, non il veut faire seul !

Je la regarde, elle filme avec son portable son fils qui fait tout seul ! Alors je me déplace et Christophe reste très attentif à mes consignes.

J'en profite pour  introduire un jeu : aller chercher des anneaux posés sur un piquet pour les porter vers  sa maman ou vers Gaëlle. Beaucoup de plaisir manifesté par Christophe et un grand sourire de la part de sa maman !

Puis c'est Christiane qui nous propose de redescendre vers la cabane. C'est vrai, il fait froid, Christophe à les mains très froides, mais je pense aussi que Christiane a dû gérer beaucoup d'émotions en laissant faire son fils tout seul.

 

Très belle séance, avec une grande confiance qui nous a été accordée, mais également et surtout confiance d’une maman pour son grand garçon !

Peut être un moyen pour Christophe de montrer à sa maman qu'elle n'a pas, toujours, besoin d'être dans une proximité d’accompagnement.

 

En tous  les cas, après un petit temps de repos dans la cabane, Christophe, tel un héros, a voulu qu'on le raccompagne toutes à la voiture ! Et  il a  demandé que ce soit Elsa qui prenne la place de la conductrice ! Mais là c'était trop (de concurrence) pour Christiane, elle a repris sa place de Maman.

 

Liesbeth

                       

 

                  

lundi 28 novembre 2011

Aujourd'hui, ce n'est plus pareil !

Accueil des femmes du F.O.G (foyer occupationnel de Gammareix) ce matin.

Un tour de table pour dire bonjour à chacune. Nathalie a fait des mèches rouges dans ses cheveux. Elle est contente et m'embrasse. Puis c'est le tour de Christine, elle m'annonce en une phrase que sa mère est morte ! L'éducatrice répète que «  oui, sa maman est « décédée », Christine reprend «  non elle est morte !». 

 Pas facile de  rebondir devant une annonce qui reste pour moi difficile, la mort d'un proche. 

 Merci à Anouk, ma collègue, qui a pris la relève. Nous parlons un peu de ce décès, pardons Christine, de la mort, et nous apprenons que cette jeune femme a pu voir sa maman au funérarium et  a pu lui faire un dernier  bisou.

 Puis un petit bonjour à Sylvie et Hélène.

 Nous parlons de la séance, du choix de l'âne, Nathalie toujours son Tango, qu'elle ne reconnaît (toujours) pas sur les photos.

Pour Christine je glisse Lison au milieu des photos d'ânes (voir billet « petite leçon d’attachement »), car c'est avec cette petite ânesse grise qu'elle travaille toujours. Surprise ! Sur un ton décidé elle  nous annonce qu'elle veut celui- là ; Elle pointe son doigt sur la photo d’ Ouragan. Un âne hongre,  qui fait partie de nos « grands » ânes. L'éducatrice parle un peu de Lison, mais Christine répète qu'elle veut «  celui- là ! ».

 Ouragan   Lison.

Sylvie réagit, elle aussi veut Ouragan. Hélène choisit Nono.  Nous décidons d'aller voir dans le pré des grands pour trouver une solution pour Christine et Sylvie. Dans le pré Christine va d'un pas décidé vers Ouragan, elle veut celui- là ! Je n'ai pas pu lui refuser. Je propose à Sylvie de prendre Café, sur lequel elle peut monter. Heureusement elle trouve cette idée très bien et exprime son contentement d'être là.

Préparation des ânes, chacune s'affaire à brosser, à câliner, à se trouver dans un plaisir partagé avec nous et les ânes, d'être dehors au soleil...

Je m’approche de Christine, nous parlons d' Ouragan ; Puis elle me questionne : t'es pas fâché ? Christine parle peu, mais elle exprime toujours des choses « essentielles »au milieu d'une discussion. Je lui demande «  Fâchée parce que tu n'as pas pris Lison ? »

-« oui ! »

J'ai envie de la prendre dans mes bras, je ne peux que l’encourager dans cette prise d’initiative et de changement. Cela fait deux ans que ce groupe vient une fois par mois, Christine travaille toujours avec Lison.

Que s'est- il passé pour qu'elle change d’âne aujourd'hui ?  En même temps qu'elle  m'annonce la mort de sa maman. Il y a quelques mois encore nous parlions d'attachement. Attachement et détachement vont ensemble ?

 À réfléchir !

 

  Liesbeth

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

lundi 7 novembre 2011

Ce petit garçon pas comme les autres !

Aujourd’hui  j’ai envie d’écrire un billet sur un petit garçon, pas comme les autres. Pourtant, il arrive en courant, comme les autres, il est curieux de découvrir le monde qui l’entoure et c’est souvent durant ces moments- là où il est différent. Peut- être ne comprend-il pas ce monde avec ses codes, ses règles et ses usages ?

A ânikounâ , l’activité part de quelque chose qu’il a bien repéré, qu’il  accepte, peut-être qu’il le rassure et surtout qu’il aime. Ce quelque chose c’est « Onasis » ! Un âne commun d’environ 8 ans, surnommé « Nono »  attelé à la dresseuse rouge et jaune.  

Il est fier de tenir les rennes  et il a appris à dire ;  Allez Nono ! Alors nous partons ensemble à la découverte d’espaces nouveaux. . . Il laisse sa maman,  à qui il dit : «A tout à l’heure maman ».

  

Sa maman qui l’accompagne chaque semaine, me parle peu à peu de son fils. Durant les premières séances elle était présente, mais elle m’a fait confiance dans la manière d’accompagner son petit garçon. Je comprends que ce n’est pas facile de laisser à une inconnue son fils « différent ».

Je la remercie pour cette confiance qu’elle m’accorde. 

Nous voilà parti sur les chemins et les routes où il a appris à dire «  Oh la ! Nono ». J’essaie de donner un sens à tous ce qu’il induit, donc nous nous arrêtons, même si c’est pour aller voir ou toucher les panneaux de signalisation au bord de la route. Car il a besoin à ce moment précis de toucher les panneaux. Je sais aussi que dans quelques temps, semaines ou mois,  il sera attiré par autre chose. Je respecte le peu de communication verbale qu’il utilise, pour l’encourager dans cet apprentissage.

 

 A  partir de ces balades hebdomadaires, j’introduis des nouveautés. Un autre âne qui nous suit et sur lequel il va pouvoir grimper. Une autre carriole, un autre parcours……

J’ai l’impression qu’il m’a bien repéré. Il me nomme par mon prénom, je crois qu’il me fait confiance quand un changement est introduit. Mais je respecte sa différence et je sais très bien qu’il a besoin de se retrancher dans ses « bizarreries », car peut-être que je le sollicite trop ou trop vite ? Il aime toujours refermer les portes de nos différentes clôtures, ou courir le long des fils, j’ai l’ impression que cela le rassure.

Mais il sait aussi me dire « non ». Ce non, je le respecte quand je propose et qu’ il ne veut pas. Alors nous cherchons ensemble un compromis. Mais moi aussi j’ai le droit de dire non, surtout quand il s’agit de sa sécurité. Alors je lui explique et si besoin je le porte dans mes bras et il accepte.

Nous introduisons depuis peu « le jeu ». Pas toujours facile pour lui de jouer avec moi. Un cerceau est échangé entre nous, les anneaux sont cachés et il doit aller les chercher depuis le dos son âne, je me cache aussi et il me cherche. Ces moments ne durent pas. Quel intérêt y trouve t’il, la notion de  plaisir est-elle présente dans cette situation de jeu ?

Même s’il est « différent », j’introduis dans les prises en charge le plaisir de partager, de faire avec l’autre, de découvrir ensemble, de chanter, de rire, comme nous le ferions avec d’autres enfants, mais en respectant sa différence et ses difficultés.

 

Qu’attendons- nous, sa maman et moi ?

Qu’un jour il accepte de partager l’activité avec d’autres enfants !

Liesbeth