Eliane, arrive toujours à l'heure à son rendez-vous du Lundi à ânikounâ . Sa longue silhouette s'avance dans une démarche cadencée sur le chemin qui mène à la cabane. Elle se hâte , et vient vérifier si tout le monde est bien là. "Bonjour Annick !, bonjour Christian ! "  Eliane est une jeune femme atteinte de troubles autistiques , pas si simple de vivre avec ces angoisses qui vous traversent . Alors elle questionne et questionne encore , et attend de nous les mêmes réponses ? . Les ânes elle les connait tous , nos visiteurs aussi d'ailleurs, même le chien et les chats ont été repérés et font partie de son interrogatoire , dés son arrivée !

Une fois que tout semble en place Eliane peut se fixer sur  l'activité ; Elle choisit son âne, va le chercher au pré, l'étrille à sa façon ; passe d'une brosse à l'autre, en essaye plusieurs dans une suite qui n'a de logique que la sienne et que nous avons appris à respecter ... De son côté elle s'applique à écouter nos recommandations de placement . Elle est très à l'aise pour faire les sabots, sourit si l'âne résiste un peu et marque une petite désobéissance . Ayant une vue très faible, elle glisse ses doigts sur les parois et sait ainsi reconnaître si tout est nettoyé .

 C'est vrai, tous ces âctes se succèdent de façon automatique, comme conditionnés , mais après tout ... Elle est là ! et fait en silence, comme apaisée .

Et puis il y a le rituel de la petite bouteille d'eau , qu'elle va accrocher autour de son cou, elle sait où est le petit sac, va le chercher dans la cabane à grandes enjambées, et revient prés de son âne . Elle vérifie encore si Annick et là, avec ses téléphones ! et Christian !  c'est bon , on peut partir sur le parcours .      

 

Dans une réelle concentration Eliane guide son âne sur le parcours, de façon automatique ... A l'endroit à l'envers ... Peu à peu elle s'approprie nos consignes : " Parle lui ! regarde ce qu'il fait ! " Alors on peut entendre " Viens Café ! , allez Café ! "  Et ce que l'on croyait naturel et normal devient plaqué et étrange . Et si on lui fichait un peu la paix ? et si on acceptait sa façon de faire et d'être ? En grandes enjambées Eliane regagne la barre d'attache .

 - "Année ? année ? ... 2000, 2000, 2009 ! " Et Eliane remet un peu d'ordre (dans sa tête), dans son être que nous avons maladroitement bousculé , avec nos "Fais ceci , fais comme ça ! " . Pas si simple, il faut trouver le juste équilibre relationnel . Pourquoi cela est-il si compliqué de respecter le différence?

Souvent, parce que cette différence exprime de la douleur . Et nous nous essayons à être avec , à être à côté , à approcher sans violation l'espace de l'autre, à faire en sorte qu'avec nos ânes l'autre accepte(désire?) notre présence, au même titre que nous acceptons(désirons?)  la sienne . Au-delà de toute sollicitation.

" A chacun sa musique et aussi bien son propre silence.Ponctuer l'instant par sa seule présence . Il n'y a rien à faire . Il s'agit d'être là où l'on a choisi d'être. Partager quelque chose de la même histoire, de l' appartenance à la même race, celle des humains, vivants ensemble. ( Anna-Marie Norgeu / La Borde: Le château des chercheurs de sens ? )

Je ne sais pas très bien ce que c'est , cette souffrance, mais j'ai compris qu'elle est terrible .

Et, dans ma tête , j'ai une petite voix ( celle de Nadége Champeau) qui me dit, "laisse faire, laisse venir ...  il faut laisser à désirer !!  ne pas combler ce trou béant, pour que le désir advienne ! "

Et chaque Lundi, Eliane arrive à l'heure, ses grandes enjambées l'amènent jusqu'à la cabane où elle vient vérifier si tout le monde est là . " Bonjour Annick ! , Bonjour Christian ! " ...  Elle choisit son âne (toujours le même ? ) le panse avec les différentes brosses, à sa façon et en silence, comme apaisée ...

annick